 FIGURES ET SYMBOLES | ILARGIA ETA LURRA
De la forme, venons-en à l'essentiel, au but même poursuivi par le fondateur, c'est-à-dire au sens du retable, autrement dit à l'enseignement recherché au travers des images. Il ne faut jamais perdre de vue que Jean Larralde - que sa richesse et ses procès nous montrent trop souvent sous un jour défavorable - était aussi un prêtre de grande foi, propagateur zélé de la doctrine, homme savant pour l'époque: bachelier en théologie, et de surcroît généreux, cette fondation est là pour le prouver. Cette oeuvre, si elle n'est pas de ses mains, a été cependant entièrement voulue, pensée, dirigée par lui, et si la pièce maîtresse est le panneau central, le moindre détail, en apparence uniquement décoratif, est, lui aussi, lourd de sens. |
|  IDUZKIA |  Représenter un dogme, ici celui de la Sainte Trinité, pierre angulaire de la religion catholique, est une entreprise des plus hasardeuses, voire impossible. En effet, comment matérialiser un mystère? Et cependant, l'humain a besoin de se raccrocher à quelque chose de visible pour approcher, par degrés, imparfaitement, de l'invisible. C'est ainsi qu'au cours des temps on a représenté la Sainte Trinité, tantôt par trois personnes assises, rigoureusement identiques; tantôt par deux personnes identiques, le Père et le Fils, le Saint Esprit qui les unit prenant alors la forme de colombe, soit encore par le Père assis sur un trône, tenant le corps de son Fils en croix. La colombe alors plane entre le Père et le Fils. Mais des Trinités exactement semblables à celle-ci, je n'en ai pas encore trouvé. Si dans le" Missel de Bayonne "de 1543 une gravure sur bois nous offre une Trinité où le Père, barbu, assis, porte la tiare comme ici, il tient sur ses genoux un globe surmonté d'une croix. La main gauche est posée sur le globe tandis que sa droite repose sur un livre ouvert. Le Christ est à ses côtés, la main gauche également posée sur le livre, l'autre levée ne montrant que trois doigts. La colombe de l'Esprit est entre le Père et le Fils. |
| "Ainsi parle Yahvé: Le Ciel est mon trône et la terre l'escabeau de mes pieds ". Le Père, habituellement représenté comme un vieillard, a dans ce retable barbe et cheveux noirs. La tête coiffée de la tiare papale, il est revêtu de la chape et de l'aube. Dans la main gauche il tient un sceptre terminé par une fleur de lys. Le message est clair: toute puissance, toute autorité, spirituelle et temporelle vient de Dieu, à Rome comme au royaume des lys. Mais le fait de sacraliser coiffure et vêtements du Pape en les faisant porter par Dieu implique également que le Souverain Pontife est le premier dans la hiérarchie ecclésiale, que personne donc, pas même le Roi de France, "l'oingt du Seigneur " par le sacre, ne peut se substituer à lui dans le domaine spirituel. Or, le Haut Clergé gallican soutenait certaines prérogatives royales parmi lesquelles le choix et la nomination des évêques." Il semble bien que Larralde n'ait pas eu le coeur très gallican et qu'il ait voulu rappeler aux anti-romanistes la primauté du trône de Pierre. Le Fils, qui est assis à la droite du Père, torse nu, dévoile ses deux natures. Parce qu'il a revêtu la nature humaine, sa chair a connu la souffrance et la mort; c'est pourquoi, de sa main droite, il nous montre la plaie du côté. " Ses pieds sont nus (en réalité on n'en voit qu'un) qui porte la marque du clou. |
|  ERAIKITZEALEN ITXURA?? | Sa nature divine se manifeste par le fait qu'il trône au ciel conjointement avec le Père qui le désigne de la droite comme son égal. Dans sa main gauche, il tient un sceptre comme son Père. Mais il est d'une autre nature et chargé d'un sens différent. Logiquement, il n'aurait pas dû être doré; c'est le "Sceptre de fer", annoncé par le Psalmiste (Ps. 2, 7, 8, 9): "...Tu es mon Fils, Moi, aujourd'hui, je t'ai engendré Demande, et je te donne les nations par héritage, pour domaine les extrémités de la terre; tu les briseras avec un 'Sceptre de Fer', comme vases de potier les fracasseras ". Saint Jean reprendra à plusieurs reprises, dans "L'Apocalypse" ce thème de la royauté du Christ après sa Résurrection (Ap. III, 13):
"... Jésus-Christ, le Témoin fidèle, le Premier Né d'entre les morts, 'le Prince des Rois de la Terre'.., le manteau qui l'enveloppe est trempé de sang, et son nom ? le verbe de Dieu... De sa bouche sort une épée acérée pour frapper les païens, c'est lui qui les mènera avec son 'Sceptre de Fer'. (Ap. III, 15) Au centre du tableau, dans les nuées, sous forme de colombe, le Saint Esprit envoie son souffle figuré par des rayons, sur ciel et terre. Les angelots joufflus qui l'accompagnent sont également le symbole du souffle divin. Au sommet des chutes qui encadrent immédiatement le panneau central, nous trouvons des anges porteurs de six ailes: deux repliées au- dessus de la tête, deux autres croisées vers le bas et deux horizontales déployées pour voler. Ce ne sont plus des angelots mais des Séraphins. Ils font partie de la Première classe des Esprits Célestes. Ils se tiennent le plus près de Dieu et leur rôle est d'aimer. Dans les premières chutes de fruits, nous voyons des grenades à la peau éclatée. Par l'ouverture apparaissent les grains serrés. La grenade symbolise la réunion des enfants de l'Eglise sous l'autorité du Pape ; également à cause de cette intime union, la Communion des Saints. |
| En-dessous, les roses et les lys sont essentiellement des fleurs mystiques; elles symbolisent l'amour ardent et la pureté parfaite. D'ailleurs, la virginité était représentée portant une corbeille de lys et de roses. Peut- être ce bouquet représente-t-il dans ce retable la Vierge Marie. En effet, ne l'appelle-t-on pas "Rose Mystique ", " Vierge des Vierges ", "Reine des Vierges "?
Ensuite, viennent les grappes de raisin, de la Vigne Eucharistique, symbole de la Terre promise, symbole du Paradis. A côté, les colonnes torses sur lesquelles s'enroulent encore les pampres de vigne et les raisins becquetés par les oiseaux ont également leur signification. La colonne, c'est tout d'abord le fût de l'arbre, de l'Arbre de Vie. Les raisins, sang du Christ, nourriture eucharistique, gage de vie éternelle. Le symbole est renforcé par la présence répétée de l'oiseau qui n'est ni grive ni merle, mais le Phénix. Chez les Egyptiens, les Grecs et les Romains il était tenu pour immortel, renaissant toujours de ses cendres. On le rencontre déjà sur les tombes des premiers chrétiens où il représente le Christ ressuscité, donc la promesse de notre résurrection. Le soleil, à droite, est symbole du Christ dans la gloire, après sa Résurrection. Dans les catacombes, il était l'emblème de l'Espérance, le gage de vie éternelle. Il est évidemment l'image de la lumière, lumière évangélique, vérité éternelle: "lumen de lumine '
La lune peut symboliser l'Ancien Testament mais aussi la Vierge. Le carré symbolise la Terre. La croix se passe d'explication. Ce cartouche pourrait bien signifier l'Incarnation et la Rédemption. "Est né de la Vierge Marie (Lune) A été crucifié, est mort (Croix) A été enseveli (carré: Terre) Est descendu aux Enfers (Lune) Le troisième jour est ressuscité d'entre les morts" tout comme la lune qui disparaît du ciel pendant les trois jours de son renouveau. |
| Ainsi donc, Jean Larralde, théologien, fils de la Contre-Réforme, non content d'affirmer par l'image centrale le dogme de la Sainte Trinité, aurait réussi à rendre présents les mystères de l'incarnation, de la Rédemption, la Résurrection du Christ, la Virginité de Marie, la primauté du Pape, le ferment de vie éternelle qu'est l'Eucharistie, la résurrection de la chair et la communion des Saints! Le retable, qui est toujours un grand livre d'images pieuses, destiné à matérialiser de la manière la plus belle possible une vérité de foi, une scène de la vie ou de la Passion du Christ, de la Vierge, ou le glorieux martyre d'un Saint, est ici, en fait TOUT LE CREDO! Mayi MILHOU. |
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